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L’Europe risque d’être à court de matières premières pour ses énergies renouvelables

L’Europe risque d’être à court  de matières premières pour  ses énergies renouvelables
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L’Europe risque d’être à court de matières premières pour ses énergies renouvelables

  • L’UE peine à s’affranchir de sa dépendance aux importations depuis un petit nombre de pays
  • La production intérieure et le recyclage ne décollent pas
  • Sécuriser l’approvisionnement d’ici à 2030 semble hors de portée

L’UE éprouve des difficultés à garantir l’approvisionnement en matières premières dont elle a besoin pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques. Telle est la conclusion d’un nouveau rapport de la Cour des comptes européenne. Et pour cause: l’action des Vingt-Sept en matière de diversification des importations ne donne pas de résultats tangibles, des obstacles entravent la production intérieure et le recyclage reste embryonnaire. Ainsi, de nombreux projets soutenus par l’UE ne réussiront probablement pas à temps, déclarent les auditeurs.

La transition de l’UE vers les énergies renouvelables dépend fortement d’équipements techniques tels que les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, qui tous nécessitent des matières premières critiques telles que le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre et les terres rares. La plupart de ces matériaux sont actuellement concentrés dans une poignée de pays tiers (tels que la Chine, la Turquie ou le Chili), voire dans un seul. Pour remédier à cette faiblesse, l’UE a adopté en 2024 son règlement sur les matières premières critiques (MPC) en vue de garantir sur le long terme la sécurité de l’approvisionnement de 26 minéraux jugés critiques pour la transition énergétique.

«Sans matières premières critiques, pas de transition énergétique, pas de compétitivité, pas d’autonomie stratégique. Malheureusement, la situation est grave tant nous dépendons aujourd’hui d’une poignée de pays tiers pour l’approvisionnement de ces matières», a déclaré Keit Pentus-Rosimannus, la Membre de la Cour responsable de l’audit. «Il est donc essentiel que l’Union européenne intensifie son action et réduise sa vulnérabilité dans ce domaine.»

Il est possible de sécuriser l’approvisionnement en diversifiant les importations, en augmentant la production intérieure et en recourant au recyclage. Sur ces aspects, le règlement sur les MPC ne fixe à l’horizon 2030 que des objectifs non contraignants, qui ne s’appliquent qu’à un petit nombre de matières premières, considérées comme «stratégiques» en raison de leur importance élevée sur le plan économique et de leur exposition à des risques majeurs pour l’approvisionnement. Il est également difficile de savoir comment les niveaux à atteindre pour 2030 ont été définis. Les auditeurs constatent par ailleurs que la route est encore longue pour atteindre ces objectifs: l’UE aura donc du mal à sécuriser, d’ici la fin de la décennie, l’approvisionnement en matières premières stratégiques dont elle a besoin.

En adoptant le règlement sur les MPC, l’UE s’est efforcée de réduire sa dépendance à l’égard de quelques pays. Mais selon les auditeurs, les efforts de diversification des importations n’ont pas encore produit de résultats tangibles. L’UE a par exemple signé, au cours des cinq dernières années, 14 partenariats stratégiques sur les matières premières, dont sept avec des pays ayant des scores de gouvernance médiocres. Entre 2020 et 2024, les importations en provenance de ces pays partenaires ont diminué pour la moitié environ des matières premières examinées. Certaines autres actions de l’UE sont au point mort (comme les négociations avec les États-Unis, qui ont été interrompues en 2024), tandis que d’autres doivent encore se concrétiser (comme l’accord UE-Mercosur avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, pays riches en matières premières critiques, qui n’a pas encore été ratifié par chaque État membre.

Le règlement sur les MPC prévoit également qu’à l’horizon 2030, au moins 25 % des matières premières stratégiques consommées dans l’UE devront provenir de sources recyclées. Mais les perspectives ne sont pas encourageantes puisqu’à l’heure actuelle, 7 des 26 matériaux nécessaires à la transition énergétique présentent des taux de recyclage compris entre 1 % et 5 %, tandis que 10 autres ne sont pas recyclés du tout. En outre, la plupart des objectifs de recyclage de l’UE n’ont pas été établis pour les matières premières prises individuellement. En conséquence, ils n’incitent pas au recyclage de certaines d’entre elles, en particulier celles qui sont plus difficiles à extraire, comme les terres rares dans les moteurs électriques ou le palladium dans l’électronique. Ils n’encouragent pas non plus l’utilisation de matériaux recyclés. Les auditeurs soulignent que les recycleurs européens sont confrontés à des coûts de transformation élevés, à la disponibilité réduite des matériaux ainsi qu’à des obstacles technologiques et réglementaires qui freinent leur compétitivité.

L’UE vise également à stimuler l’extraction intérieure des matières premières stratégiques pour couvrir 10 % de sa consommation. Mais en pratique, les activités d’exploration sont peu développées. Et même lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il faut parfois jusqu’à 20 ans pour qu’un projet minier européen devienne opérationnel. Difficile dès lors d’imaginer de quelconques résultats concrets à l’horizon 2030. Quant aux capacités de transformation – qui sont censées pouvoir couvrir 40 % de la consommation de l’UE d’ici à 2030 –, elles sont quasiment à l’arrêt, notamment en raison des coûts élevés de l’énergie qui peuvent fortement réduire leur compétitivité. L’UE risque de se trouver prise dans un cercle vicieux, avertissent les auditeurs. Le manque d’approvisionnement empêche le développement des projets de transformation, qui lui-même sape la motivation à sécuriser l’approvisionnement.

Informations générales

Les matières premières critiques sont des matières premières importantes sur le plan économique et exposées à un risque élevé pour l’approvisionnement La liste la plus récente, intégrée dans le règlement sur les MPC, en recense 34, dont 26 sont nécessaires aux technologies clés liées aux énergies renouvelables et 17 sont considérées comme des matières premières stratégiques. Compte tenu de l’engagement pris par l’UE de réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % à l’horizon 2030 et de parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2050, le rôle des MPC est essentiel pour réussir à décarboner le système énergétique.

Le rapport spécial 04/2026 intitulé «Matières premières critiques pour la transition énergétique – Une politique d’une solidité relative» est disponible sur le site internet de la Cour, accompagné d’une fiche synoptique reprenant les principaux faits et constatations.

Contact:

ECA press office: press@eca.europa.eu

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